François Delfosse

 

Du 14 octobre au 13 novembre 2016 : François Delfosse

 

François Delfosse, par Michel Van Lierde, juin 2016

L'on ne peut capter dans son intégrité le travail de François Delfosse (1961) sans évoquer le respect devenu peu commun de nos jours que ce peintre a de l'Histoire de l'Art.

Ainsi, Delfosse compose  quasi depuis l'origine, dans son tempo favori. Celui des courants expressionnistes germaniques du Blaue Reiter et du Brücke au cœur desquels les personnages à la verve tragi-comique, mais dans leur humanité, ont un rôle central. Le choix des sujets traduit une forme de rage, de souffle tempétueux. Les Neue Wilden l'ont touché également. Delfosse aime rendre hommage au Galeriste Michael Werner qui aura mis en lumière ces Ossies qui avaient pour nom Immendorff, Richter, Lüpertz ou Penck.

Jacques Müller, son ami et professeur de peinture à l'Ecole des Arts d'Ixelles l'a conseillé, lui qui avait fréquenté la « Schule des Sehens » de Kokoschka à Salzburg. A l'Académie de Saint-Josse où Delfosse dispense son enseignement, il se dit fidèle au message fervent et lyrique de son devancier Englebert Van Anderlecht.

L'œuvre de Delfosse se définit à l'opposé d'une anti-peinture de nos jours trop répandue, désinvolte, et dématérialisée.

Depuis les années 2000, l'artiste traite le thème du paysage au sens large. Il vise dans son travail à effacer progressivement le référent d'une réalité jugée trop réductrice. Dans une approche cubiste, un autre courant que l'artiste révère, il s'agit d'imaginer a priori des formes, des structures et d'installer entre elles des relations inédites et qui doivent beaucoup à la mobilité. Jusqu'en 2014, les tableaux révèlent formellement l'amplitude propre à l'élan gestuel.  En contrepoint, des éclats de lumière partent à l'assaut obscur des masses peintes en aplats.

Le peintre accentuera alors ses inflexions dans la pâte-même ; il y accentuera son goût pour des tonalités  profondes comme le marron, le bleu, le rouge, le noir, scandés par des saillies d'accents brillants en jaune ou en vert. Delfosse dit : « C'est la résonance des couleurs qui guide le geste de mon pinceau vers la forme ».

Au cœur de sa démarche toute récente, c'est clairement le choix des tons qui l'emporte sur celui des couleurs. Les gris argentés dominent. Le peintre souhaite en priorité camper pour le regard, et au-delà de la limite du cadre, l'étude de l'espace et du hors-champ.

Il parle de paysages en mouvement. Ceux que le voyageur en train perçoit fugacement et que la mémoire lui restitue en différé. Le référent s'estompe donc totalement au profit d'un univers dense, parfois saturé, d'ensembles chromatiques complexes.

Il s'agit d'une peinture riche en strates de medium onctueuses, contrastant délicatement avec d'autres tonalités, parsemées ou émiettées non plus à l'aide du pinceau mais du couteau-palette. Maintes compositions révèlent la présence d'entités renvoyant à des tesselles matiéristes. Elles occupent l'entièreté de la toile ; elles tendent même à en déborder. L'on y décèle des bruns et des beiges sourds, des verts d'eau, scandés en bandes, traits ou lignes, juxtaposés ou plus ou moins distants. Cet ami de la sculpture parle de pavés comme de socles pour sa peinture.